Aujourd’hui, je sais…

Ce matin, j’ai eu la très mauvaise idée de scroller… me dissocier un peu du moment présent en défilant le contenu qu’une des plus grande multinationale avait choisi… juste pour moi. Scroller. En scrollant, j’ai vu la photo d’une ado asiatique dans un café. Sa maman l’accompagnait dans sa journée “pas d’école”. Cette fille, c’était la soeur d’un garçon qu’on a rencontré à Boston, avec sa famille, quand on est allés faire des traitements pour notre grande, ya maintenant 9 ans…

Ce jeune homme avait l’oreille qui cuisait jour après jour par la protonthérapie. Elle avait le malheur de se trouver dans le chemin entre le lieu à bombarder et l’appareil pour traiter. Dommages collatéraux pour ainsi dire. Ce n’était pas très jojo… Ses cheveux n’ont jamais repoussé. Il avait la même tumeur que notre fille. Il n’est plus aujourd’hui. Le cancer l’a emporté…

Mon état a été grandement affecté par ce brin de scrollage. Ça allait plutôt bien au réveil. Bien reposée. Une bonne nuit. Enfin! Plus de 8 heures de sommeil. Puis la spirale a commencé… 

Ce lundi, notre grande aura une autre résonance magnétique. Et si c’était de retour? Et si je perdais ma fille? Elle n’est clairement pas de tout repos et autant son frère peut détester nombre de moments avec elle, lui, comme nous, serions dévastés qu’elle nous quitte… mais l’épée de Damocles sera toujours suspendue au-dessus de nos têtes. Faut vivre avec. Des moments comme aujourd’hui, à la veille d’un examen, l’anxiété se fait souvent un peu plus sentir. Nos activités quotidiennes deviennent plus pénibles, nos mèches plus courtes, nos systèmes plus lourds, nos émotions, plus à fleur de peau. C’est le stress qui rôde et qui ralentit tout le reste, comme un vieil ordi qui gère mal sa vie. Mais on en est impuissants… ou l’est-on vraiment?

Le désespoir s’est un peu épris de moi, les larmes se sont mises à couler. Et si? Et si on nous annonçait, ce jeudi, que ton cancer était revenu?

Je regrettais d’avoir scrollé, d’avoir laissé les “et si” submerger mon esprit. J’allais bien au réveil. Je ne m’en faisais pas (trop) pour les examens, comme ç’avait été le cas lors des derniers. Je le rappelle, lors du dernier, on nous annonçait que tout allait bien… Après nous avoir dit, 2 ans auparavant, que c’était le début de la fin.

Mais… Et si? Et si c’était de retour?

Partie de moi se disait même: ah bon, voilà, justement, c’est pour ça que le chaos s’emparait un peu de ma vie cette semaine. J’ai souvent des semaines plus tranquilles parce que je n’ai plus tant la forme de mener une vie où je travaille à temps plein. Entre le metro-boulot-dodo, je n’ai pas envie de me fâcher après mes enfants parce qu’ils ont juste envie de prendre plus le temps mais… que je ne l’ai pas ce temps.

Mais cette semaine, par un étrange tourbillon, elle se remplissait un peu trop. J’ai vécu des périodes comme celle-là par le passé. Bien souvent, il y avait un ordre qui finissait par se trouver à travers le chaos, une leçon apparaissait quand j’arrivais à lâcher assez prise… Mais… allait-ce se passer ainsi?

Pour une fois, l’examen de notre fille serait suivi par la rencontre de l’équipe d’oncologie ce jeudi (s’il était maintenu, l’examen ayant été remis 2 semaines plus tard). Nous devons normalement attendre plusieurs semaines entre l’examen et le rendez-vous, encore plus quand les résultats sont bons. Hmmm… était-ce de bonne ou de mauvaise augure?

Jusqu’à ce matin, je n’y avais pas tant porté attention. C’est probablement le signe qu’on apprend à vivre avec plutôt qu’à le subir. Mais… en voyant cette photo, mon coeur s’est un peu emballé… J’ai eu la bien mauvaise idée, pour empirer la situation, d’aller revisiter leur profil et de voir que leur fils trônait toujours sur leur photo de couverture. Je suis même remontée aux funérailles. Étrange attitude que nombre de nous avons de «stalker» la vie d’autrui, en voyeurs qui se croient anonymes… Quelle histoire. Et pourtant…

Mon esprit tourbillonnant me menait même à croire que la vie orchestrait le tout justement parce qu’il me fallait me préparer, m’inquiéter, que le sursis du dernier examen serait levé, qu’on replongerait dans les dédales de l’incertitude, l’impuissance, de la peur, de l’inquiétude constante que l’inévitable la gagne, beaucoup trop tôt… 

Je m’ennuyais déjà de mon état au réveil où j’étais sereine et ravie d’une belle nuit… La vie devant moi, une page blanche à dessiner. Pourquoi avais-je scrollé? Pourquoi on scroll? Elle est beaucoup là, la question… Pourquoi?

En écoutant la vidéo qui circule ces temps-ci sur l’insidieux processus que le populaire réseau social d’origine chinoise mettant en vedette des rafales de videos instigue dans nos cerveaux (vous pouvez le voir ici), je me disais qu’on était vraiment mal foutus et je m’en voulais un peu d’être tombée dans le panneau ce matin, encore.

Mon esprit continue à s’emballer: oh, et elle a perdu du poids dernièrement, est-ce pour ça? Ou juste parce qu’elle apprend mieux à écouter son corps et à arrêter de manger parce qu’elle n’a plus faim, ou juste en raison de sa nouvelle médication…

Qu’est-ce que je pouvais bien faire pour arrêter de brailler et profiter du temps d’ici à l’examen et aux résultats? Certes, je devais en profiter, mais comment?

Quelques coups de pouces m’ont ramené à une page que j’avais trouvé la veille et qui m’avait un peu inspirée. 

Un cancer en cadeau

Une maman que j’avais connue grâce à un événement d’un ami, avait choisi d’écrire un livre et donnait des conférences à l’époque sur «Voyager avec bébé». Elle venait maintenant d’écrire ce livre. Un cancer en cadeau. À 38 ans, cette femme d’apparence épanouie, go getter, qui mordait dans la vie, se voyait affligée par cette étrange maladie.

Un cancer en cadeau. Eh oui, je me souvenais soudain d’avoir ressenti, moi aussi, ce feeling…

Combien de fois me suis-je dit, avant de recevoir les diagnostiques de notre fille, que la vie ne pouvait pas aller pire, que c’était l’enfer, que ça n’allait plus, avant de recevoir la nouvelle, qui ne devait qu’empirer la chose, mais, qui, en fin de compte, remettait les choses en perspectives et nous ramenait à l’essentiel…

Ces temps-ci, pourtant, tout va assez bien (malgré le chaos qui semble s’annoncer pour la semaine prochaine).

Et si, dans les faits, le cancer de ma fille avait eu l’ultime utilité de réaligner ma vie pour qu’elle me plaise plus, qu’elle soit plus proche de mes valeurs, plus de lenteur, plus de temps pour faire ce qui me tente, avec les gens que j’aime… Je me rappelais du grand poème que j’avais écrit lors de sa 2e tumeur et qui était devenu ma prière lors de son opération pour la 3e… 

À chaque fois, ça m’a ramené à cela. Et cette fois-ci, ça pourrait me mener où?

Entre le 2e et le 3e diagnostic, j’avais pété les plombs. Pour retrouver un sens à tout ça, j’avais conclu que le meilleur moyen d’honorer l’expérience, c’était de chérir chaque instant, de passer de beaux moments avec elle, sans se priver, d’en profiter, tant et aussi longtemps qu’elle serait avec nous.

Et c’est ce qui arrive à me ramener quand mon esprit s’emballe et que je crains le pire: qu’est ce qu’on a envie de vivre, avec elle, pour elle? Et si on oublie les limitations, ça nous amène où?

Qu’est-ce que je pouvais faire, ici et maintenant, pour aller mieux?

Oui, je m’inquiétais. Mais pourquoi? Ça allait donner quoi? Je pouvais essayer la pensée magique et faire comme si de rien n’était mais… c’était là et ça m’habitait dorénavant, les larmes coulaient, j’en sanglotais même. J’imaginais le pire, j’avais juste envie de la serrer dans mes bras… (Ils sont chez papa… et comment allait papa? Il s’en fait souvent encore plus que moi…)

Une étrange situation qui, ce matin, laissait mes hamsters courir à toute allure.

Il me fallait trouver le moyen de revenir à un état plus agréable… mais comment? Comment oublier cette réalité? Comment revenir à un état plus serein, plus joyeux?

Je travaille fort sur mon état ces temps-ci pour me retrouver dans des situations plus agréables que désagréable. Méditer, bouger, tenir un journal, y inscrire au moins 5 choses par jour pour lesquelles j’ai de la gratitude (en trouver, même quand tout va mal), et j’en passe. Ça n’empêche pas de vivre des émotions négatives, mais ça aide à revenir à un état plus agréable… plus vite.

La semaine dernière, j’écoutais une méditation qui résumait bien ce que je pense. Une méditation qui me ramenait à un principe qu’on lit souvent comme “what you focus on expands”. Si on choisit de se nourrir, physiquement, psychologiquement ou autrement, de cochonneries qui nous gardent dans un état merdique, on ne peut pas se surprendre de mariner sans cesse dans des états désagréables. La traduction qui rejoint peut-être le mieux la citation en français est probablement “où mon attention est, je suis”. Et je n’avais pas envie de rester là.

Et donc, je devais mettre mon attention ailleurs, en prenant soin de ne pas “bypasser” ce qui était désormais là. Parce que “bypasser”, je l’avais découvert, ne faisait qu’empirer ce qui voulait s’exprimé mais qui était refoulé.

En honorant ce qui était là, en acceptant que les larmes allaient couler le temps qu’elles devaient couler, en me rappelant qu’elle ne couleraient pas éternellement, je me suis donc rappelée que j’avais déjà passé à travers tellement de choses que j’allais, encore une fois, bien certainement, y arriver. Et ça m’est venu, probablement comme un des plus beau cadeau que nous offrent les expériences, bonnes comme ou mauvaises, de la vie: Aujourd’hui, je sais que peu importe, je vais passer au travers… riche d’une sagesse et d’une expérience qui m’étaient auparavant inconnues. C’est sans doute ce qu’est la résilience.

Et si, comme le chat de Schrodinger, le cancer était à la fois là et absent, en fonction de l’approche qu’on a. Et si la vie, en bonne enseignante, ajustait la réalité et le continuum instantanément en fonction de ce qu’on avait besoin de vivre pour apprendre la prochaine leçon. Et si…

Alors voilà, aujourd’hui, je sais que peu importe, je vais passer au travers… riche d’une sagesse et d’une expérience qui m’étaient auparavant inconnues. C’est sans doute ce qu’est la résilience.

Pis malgré tout ça, faut que je prenne soin de moi…

J’ai envie d’être où, ici et maintenant?

J’allais méditer là dessus! Ce matin là, Martin Bilodeau nous offrait une méditation sur “La puanteur zen” et c’était assez intéressant… Je vous la laisse ici en passant! Et j’en profite pour m’excuser auprès de tous ceux qui m’entourent de ma propre «puanteur zen». J’en suis désolée.

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